SÉGOU VILLE CRÈATIVE

Projet Ségou Ville Créative
Sébougou (Ségou),
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Art et Culture

L’art de vivre à Ségou, une courtoisie multiséculaire…..

L’étranger qui vient à Ségou a droit à tous les égards ; ce fut ainsi de tous temps. On le recevait et on prenait soin de lui pour que sa vie soit facilitée :il participe au repas de la famille, on lui ménage aussi une place pour dormir dans le vestibule. Dès le premier contact, on marque son intérêt pour la personne qui voyage: on arrête son activité pour le saluer, s’enquiert des buts de son périple, de sa santé, de sa famille. Cela prend du temps, ainsi est la marque de respect qu’un Ségovien ne saurait oublier!  L’AUTRE est important, et on lui consacre le temps qu’il convient. C’est un principe de bonne éducation et aucun homme ne saurait y déroger, sauf à paraître pour un malotru ou une personne de bien basse extraction. L’étranger, on ne le contredira pas non plus, ou alors sous une forme tellement atténuée, qu’elle passera pour de l’acquiescement. Par signe de respect, on abaissera le regard, comme un enfant, devant ses parents. Autant de codes auxquels l’homme occidental est peu habitué, voire les interprétera à l’inverse de ce qu’ils sont. 

La société bamana est une société extrêmement policée, régie par des codes de comportement très subtils, y compris dans les moindres villages : on lui offrira de l’eau, puis  on l’invitera à s’asseoir. A l’étranger de savoir répondre à ce cérémonial. 

On dit que c’est à Ségou que l’on parle le bambara le plus pur, le plus élaboré. Il en est de même des codes sociaux bambara :  c’est ce que cette ville a retenu de ses ancêtres, les fameux rois bambaras. Ils avaient beau être des guerriers belliqueux, cruels souvent, ils n’en cultivaient pas moins tout un ensemble de règles de savoir vivre, d’exercice du pouvoir, de consultation de leurs sujets, qui visaient toutes à faire régner la paix entre tous les membres de leur communauté. Ils consultaient leurs griots, sorte de médiateurs sociaux, et aussi tous les anciens. Le respect des anciens était d’ailleurs la pierre angulaire du pouvoir : sans les anciens, aucune légitimité du pouvoir.

Nous avons parlé de politesse et de courtoisie à l’endroit des étrangers. Nous pourrions également parler de la « balimaya », cette manière d’être en famille, qui organise les relations entre les personnes en vue d’y créer l’harmonie : le petit fils se confiera à son grand père, ou la femme à son beau frère, telles sont les institutions de la vie familiale à côté de beaucoup d’autres. De la personne on attendra avant tout qu’elle respecte tous ces codes, qu’elle se conduise en tout temps suivant ce que le groupe familial attend d’elle, fut-ce au prix de la liberté de cette même personne. Ainsi va la famille à Ségou : du lien social, avant toute considération matérielle. C’est sûrement contradictoire avec l’audace ou l’ambition individuelle : c’est en tout cas la contrepartie d’un principe de solidarité qui fait que, personne, même si c’est un parent très lointain, lié par le seul nom de famille par exemple, ne sera laissé de côté : il aura toujours sa place autour du plat de TO pour manger, ou un espace pour déposer  sa natte pour dormir.

Un autre aspect du fonctionnement social surprend l’étranger : c’est la pratique permanente de la plaisanterie, qui commence souvent à propos du nom de famille de l’étranger. Cela n’est pas simplement une légèreté, ou un manque de sérieux. La pratique du cousinage à plaisanterie, ou sinankunya, fait appel à beaucoup plus profond : elle fait référence à d’anciennes alliances entre les familles, entre les clans, entre les tribus, et « organise » la paix sociale : ainsi elle oblige les individus à trouver une solution à leurs conflits, elle leur interdit d’en faire état en public. Le recours à l’humour permettra aux parties d’un conflit de s’en sortir la tête haute, sans perdre la face. La société malienne n’aime pas les conflits.

L’évolution historique récente a préservé ces codes anciens de l’influence du modernisme : le pouvoir d’El Hadj Oumar s’est fondu dans l’identité bambara, et les sectataires ont adopté les règles de ceux qu’ils étaient venus « convertir » : il en est ressorti un islam de tolérance, sans excès. Le colonisateur, d’une certaine manière, en pensant un « développement séparé » a peu touché aux fondements éthiques de la société bambara : il n’y avait pas, ou très peu, accès. Si l’on ajoute que cette ville n’a pas été touchée par l’industrialisation, on voit que nous avons une société assez proche, au moins dans ses traits les plus significatifs, de la société bambara traditionnelle. L’efficacité économique n’est sans doute pas au rendez vous, mais l’efficacité sociale sûrement.

Le résultat est là aujourd’hui : le voyageur, pour peu qu’il soit attentif, sera surpris de voir combien les comportements restent marqués par cette tradition.  Le voyageur craint souvent d’aller à la rencontre de l’autre, craignant de faire les frais de quelque manipulation ou escroquerie : ici, il lui faudra peu de temps pour comprendre qu’il pourra faire confiance. Cela n’exclura pas la vigilance malgré tout, mais au moins ce sera un début pour aller découvrir un système social qui vise l’harmonie entre les personnes.

Évidemment, il n’est pas question pour nous de décrire la société ségovienne comme idyllique : elle est traversée par toutes sortes d’exigences, de revendications ou expressions. La modernité est là aussi et qui fera d’une manière ou d’une autre évoluer les codes sociaux régissant cette société. Mais les grands principes qui régissent les comportements continuent de vivre, et sans doute pour longtemps, favorisant une expression sociale toujours mesurée.

Les faits sont là pour témoigner : Ségou est sans doute l’une des villes au monde qui affiche les chiffres de la délinquance les plus bas : ici pas de meurtres, pas d’agressions, peu de vols et d’effractions. Le voyageur peut traverser sans crainte la ville à quelque heure du jour ou de la nuit. Bien sûr, il ne faut pas tenter le diable : si vous laissez votre portable sur un banc public, peut être le retrouverez vous, mais si vous ne le retrouvez pas, cela relèvera plutôt de votre négligence. A part cela, vous pouvez jouir en toute quiétude de votre séjour à Ségou : il vous suffit de suivre quelques règles élémentaires pour mieux vous fondre dans cette société (voir plus bas).

Tous ceux qui ont l’expérience du monde vous le diront : Ségou, c’est un art de vivre, une courtoisie, une sécurité.  Là commence la vraie liberté.